Hier à la Comédie-Française, je regardais fasciné Ruy Blas, de Victor Hugo. La metteuse en scène Julie Duclos a remplacé la tirade vieillotte de Don César en conseil des ministres par un texte magistral de l’auteur, écrit bien après la pièce dans une lettre ouverte. Une lettre sur un tout autre sujet, mais tellement d’actualité. Aussitôt après cette substitution habile, véritable acte politique, le public a répondu par des applaudissements fournis, autre acte politique, chose très rare au théâtre.
Dans cette nouvelle tirade, je cite ce qui m’a le plus touché :
« Les nations ont au-dessus d’elles quelque chose qui est au-dessous d’elles, les gouvernements. À de certains moments, ce contre-sens éclate : la civilisation est dans les peuples, la barbarie est dans les gouvernants. Cette barbarie est-elle voulue ? Non ; elle est simplement professionnelle. Ce que le genre humain sait, les gouvernements l’ignorent. Cela tient à ce que les gouvernements ne voient rien qu’à travers cette myopie, la raison d’État ; le genre humain regarde avec un autre œil, la conscience ».
C’est le cas aujourd’hui, dans le monde comme en Europe et en France même. Nos dirigeants sont des barbares. Et certains voudraient être de plus grands barbares encore, à l’extrême droite.